Bail en cours non concerné directement, mais renouvellement interdit. Locataire peut saisir juge non-décence, anticiper.
Logement loué bail en cours : que faire en 2025
Vous êtes bailleur d'un logement F ou G déjà loué au 1er janvier 2025 et vous vous demandez si la Loi Climat 2021-1104 vous oblige à libérer le locataire ou à entreprendre des travaux immédiats. La réponse est nuancée : le bail en cours n'est pas rompu directement, mais le renouvellement à l'échéance devient impossible tant que le DPE reste G, et le locataire dispose de recours puissants (article 20-1 loi 1989, décence énergétique seuil 450 kWh). Voici les règles précises, les 4 options bailleur et un cas concret 2025-2026.
Le cadre légal — bail en cours vs nouveau bail
Article L.173-2 CCH — interdictions par étapes
2025 : G interdit à la location (nouveau bail / renouvellement / reconduction tacite).
2028 : F interdit.
2034 : E interdit.
Loi 6 juillet 1989 — protection du locataire en place
Article 10 : durée minimale 3 ans (vide) ou 1 an (meublé).
Article 15 : le bailleur ne peut donner congé que pour vente, reprise pour habiter ou motif sérieux et légitime.
Article 17 : loyer fixé à la signature, gel sur passoires depuis 22/08/2022 (article 159 LCR).
Articulation Loi Climat / Loi 1989
Bail en cours signé avant 2025 : continue à courir jusqu'à son échéance (3 ans pour un vide, 1 an pour un meublé).
Renouvellement automatique de l'article 10 : inopérant si DPE = G en 2025 (le bail ne peut pas être reconduit).
Le bailleur doit alors soit donner congé (motif art. 15), soit faire les travaux avant l'échéance.
Tableau — ce qui change pour vous en 2025
Situation
Statut bail
Action bailleur
Bail vide signé 2023, échéance 2026
En cours, valide
Préparer travaux ou congé légitime avant 2026
Bail vide signé 2022, échéance 2025
Renouvellement bloqué si G
Travaux avant ou congé motivé
Bail meublé signé 2024, échéance 2025
Renouvellement bloqué si G
Travaux ou congé pour vente / reprise
Nouveau bail vide souhaité 2025
Interdit si G
DPE E mini avant signature
Reconduction tacite F
Maintenue jusqu'à 2028
Anticiper travaux
Recours du locataire en place
Article 20-1 loi 1989 — non-décence énergétique
Seuil : consommation > 450 kWh/m²·an d'énergie finale (décret 2021-19).
Procédure :
Mise en demeure au bailleur par LRAR avec DPE à l'appui.
Délai 2 mois pour réponse / engagement travaux.
Saisine tribunal judiciaire (chambre des contentieux de la protection).
Audience : juge ordonne expertise contradictoire si désaccord.
Mesures que peut ordonner le juge
Mesure
Article
Détail
Travaux sous astreinte
art. 20-1 al. 2
50-150 €/jour de retard
Diminution loyer
art. 20-1 al. 2
30-50 % rétroactif typique
Suspension paiement
art. 20-1 al. 2
Si non-décence grave
Consignation loyer
art. 7-2
Auprès CDC ou juge
Résiliation bail
art. 20-1 al. 3
Sans préavis ni indemnité
Article 6 loi 1989 — obligation générale de décence
Au-delà du seuil 450 kWh, le locataire peut invoquer toute défaillance énergétique (humidité due à l'absence d'isolation, déperditions causant insalubrité).
Cumul avec recours article 159 LCR (gel des loyers F/G) : indu rétroactif 5 ans + travaux ordonnés.
Cas typique — locataire G très consommateur
Logement G consommant 520 kWh/m² finale (chauffé électrique simple vitrage).
Locataire mis en demeure le 15 mars 2025, saisit juge en juin 2025.
Audience novembre 2025 : juge ordonne isolation toiture + remplacement chauffage sous astreinte 80 €/jour, suspension loyer pendant chantier.
Bailleur : reste à charge ~25 k€ travaux (avec MPR + CEE), 6 mois sans loyer.
Les 4 options bailleur
Option 1 — travaux pendant occupation locataire
Avantages
Pas de vacance locative ni perte de loyer.
Locataire peut réclamer indemnité d'occupation pendant chantier (négociation).
Aides MPR versées au bailleur sans condition de logement vacant.
Inconvénients
Inconfort majeur : poussière, bruit, intervention dans pièces de vie.
Accord du locataire à obtenir (article 7e loi 1989 = obligation locataire de laisser exécuter travaux d'amélioration).
Coordination chantier complexe : ITE possible sans hébergement, ITI difficile.
Loyer maintenu mais dégradation relation locataire.
Cadre légal
Article 7e loi 1989 : locataire doit laisser réaliser les travaux nécessaires au maintien en l'état du logement et à son amélioration énergétique.
Plafond : si travaux > 21 jours, locataire peut réduire loyer au prorata.
Information préalable : 30 jours par LRAR.
Option 2 — attendre fin du bail puis travaux
Avantages
Logement vide pendant chantier : confort maximal pour artisans.
Aucune négociation locataire.
Vente du chantier complète (audit + tous lots) sans interruption.
DPE refait sereinement post-travaux avant nouveau bail.
Information locataire : non-renouvellement avril 2026 + proposition compensation
Octobre 2025
Congé pour reprise par fils (motif art. 15 I)
Avril 2026
Départ locataire
Mai-octobre 2026
Chantier (5-6 mois)
Novembre 2026
Nouveau DPE : D (260 kWh/m² primaire)
Décembre 2026
Nouveau bail à 880 €/mois (révision IRL et marché)
Bilan financier
Poste
Montant
Travaux TTC
52 000 €
MPR Violet (50 % + 10 % passoire)
-27 000 €
CEE Coup de pouce
-5 000 €
Reste à charge
20 000 €
Vacance locative 7 mois
-5 040 € (perte)
Coût net bailleur
25 040 €
Gains à 5 ans
Loyer +160 €/mois (880 vs 720) = +1 920 €/an.
Gel levé : révision IRL réautorisée (~2-3 %/an).
Valorisation patrimoine : +30 à +50 k€ selon zone.
ROI travaux : 5-7 ans.
Pièges fréquents
Les ratés du bail en cours F/G
Croire que "bail en cours" = libre de tout : faux, le gel des loyers s'applique depuis 2022 et le locataire peut invoquer non-décence à tout moment si seuil 450 kWh dépassé.
Oublier le blocage du renouvellement : à l'échéance d'un bail vide G en 2025, la reconduction est nulle, le bail s'éteint sauf travaux préalables ou congé motivé.
Refuser des travaux quand le locataire engage une procédure : le juge peut imposer astreinte 50-150 €/jour + suspension loyer + résiliation aux torts du bailleur.
Donner congé "pour travaux" : ce motif n'existe pas à l'article 15 loi 1989 ; le congé est nul de plein droit.
Augmenter le loyer entre deux baux sur passoire F/G : interdit par article 159 LCR, indu récupérable 5 ans.
Ignorer le droit de préemption SRU lors d'une vente avec locataire : préavis 6 mois + offre prioritaire au locataire (article 15 II).
Sources officielles
Loi 6 juillet 1989, articles 6, 7e, 10, 15, 17, 20-1.
Loi 2021-1104 (Climat & Résilience), articles 159 (gel) et L.173-2 CCH (interdictions).