Trois métiers sous un même mot
Le code INSEE NAF 43.22B regroupe l'installation d'équipements thermiques et de climatisation — chaudières, PAC, climatisation, VMC, réseaux de distribution chaleur — à distinguer du 43.22A qui couvre la plomberie eau et gaz[8]. À la FFB, l'UMGCCP fédère 15 000 entreprises adhérentes, dont 75 % comptent moins de dix salariés[9]. Trois profils de chauffagiste coexistent derrière le même mot : le chauffagiste gaziste certifié Qualigaz qui entretient les 12 millions de chaudières gaz résidentielles[6], le plombier-chauffagiste polyvalent qui pose aussi les sanitaires, le chauffagiste thermicien QualiPAC qui câble la transition. Trois métiers, trois certifications, trois calendriers politiques distincts — et souvent, un même artisan chauffagiste essaie de tenir les trois casquettes. Pour les chantiers mixtes, le chauffagiste travaille régulièrement avec un plombier sur la partie sanitaire et un électricien sur le raccordement PAC.
Un métier qui résiste mieux que le reste du bâtiment
Couverture-plomberie-chauffage : -3,5 % au T1 2025 et -2,5 % au T3, le repli le plus modéré du BTP artisanal contre une moyenne secteur à -4,5 %[10]. Les prix ont progressé de 1,3 % sur un an au T2 2025[11]. Côté rémunération, un chauffagiste débutant gagne entre 23 000 et 26 500 euros bruts selon la région ; après dix ans, le salaire d'un chauffagiste atteint 35 800 euros bruts annuels[12]. Un socle tient la maison debout pour l'artisan chauffagiste : l'entretien annuel obligatoire pour toute chaudière de 4 à 400 kW — gaz, fioul, bois, multi-combustibles — fixé par l'arrêté du 15 septembre 2009[13]. Ce rendez-vous récurrent amortit la crise du métier de chauffagiste là où l'électricien reste suspendu aux chantiers neufs.
Le marché des pompes à chaleur en plein crash
Le chiffre est là. Sur le marché domestique, les ventes PAC air-eau ont dévissé de 40,4 % en 2024 : 182 648 unités vendues contre plus de 300 000 l'année précédente[1][14]. Les PAC haute température se sont effondrées de 59 %, seul le segment inférieur à 6 kW a progressé de 6 %[15]. En cinq ans, les adhérents Uniclima ont perdu 140 000 pièces cumulées[16]. L'AFPAC nuance : un effet de stock chez les grossistes masquerait une croissance réelle des installations de l'ordre de +3 %[17]. Causes identifiées côté industriels : complexité des aides, prix de l'électricité, défiance des ménages. Le ticket d'entrée reste lourd. Comptez 9 000 à 15 000 euros installation comprise pour une maison de 100 m² équipée d'une PAC 10 kW, la pose seule variant de 1 500 à 3 000 euros[18]. Face au gouffre, l'État a multiplié par cinq la prime CEE PAC au 1er octobre 2025[19].
Fin du fioul, fin du gaz : un virage politique par vagues
2022, fin du fioul neuf
Depuis le 1er juillet 2022, installer une chaudière au fioul ou au charbon est interdit — en neuf comme en remplacement. Le décret 2022-8 du 5 janvier 2022 fixe un plafond d'émissions à 300 gCO2eq/kWh PCI[20]. Reste 2,6 millions de résidences principales encore au fioul en 2022, soit 9 % du parc, un nombre divisé par deux entre 2006 et 2022 selon l'INSEE[5]. Alternatives autorisées : PAC, biomasse, solaire, géothermie, réseaux de chaleur, gaz à condensation[21].
Avril 2026, fin du gaz neuf annoncée pour 2027
Le 10 avril 2026, Sébastien Lecornu présente le plan d'électrification des usages[22]. Fin des chaudières gaz — hybrides comprises — dans les constructions neuves dès fin 2027. Budget public doublé, de 5,5 à 10 milliards par an d'ici 2030. Objectif affiché : un million de PAC installées chaque année, deux millions de logements sociaux convertis d'ici 2050[3][4]. Le marché réel plafonnait à 182 648 PAC air-eau en 2024. La rénovation, elle, reste massive : 422 000 chaudières gaz et fioul vendues en 2025, quasi exclusivement en remplacement[23].
MaPrimeRénov', CEE : des aides qui bougent tous les six mois
La refonte de MaPrimeRénov' rénovation d'ampleur est entrée en vigueur le 30 septembre 2025, avec Mon Accompagnateur Rénov' obligatoire. Pour les ménages modestes, jusqu'à 100 % du coût d'une PAC peut être financé, dans un plafond de 12 000 euros de dépenses éligibles pour une PAC air-eau[24]. Le compteur MaPrimeRénov' a rouvert le 23 février 2026. Les primes CEE pour PAC air-eau, eau-eau et sol-eau ont été bonifiées par cinq depuis le 1er octobre 2025, théoriquement jusqu'en 2030[19]. Condition commune : passer par un pro RGE QualiPAC ou Chauffage+[25]. Pour voir un artisan vérifié près de chez vous, regardez la fiche Cergy (95000) dans le Val-d'Oise ou Saint-Denis (93200) en Seine-Saint-Denis.
RGE, Qualigaz, fluides : le maquis des certifications
QualiPAC, Chauffage+, QualiBois
Qualit'EnR rassemble 72 % des professionnels RGE du chauffage, de l'eau chaude et de l'électricité, soit 18 930 installateurs qualifiés à travers huit qualifications[26]. En 2023, l'organisme a traité 36 376 demandes et en a validé 32 974, une hausse de 90 %[27]. QualiPAC reste le sésame sans lequel le client ne touche ni MaPrimeRénov' ni CEE[25].
PG pour le gaz, attestation fluides pour la PAC
La certification Professionnel Gaz délivrée par Qualigaz est valable trois ans, obtenue après deux jours de formation et un test avec un taux de réussite supérieur à 95 %[28]. Pour la PAC, l'attestation de capacité fluides frigorigènes — arrêté du 21 novembre 2025 — est valable cinq ans maximum, catégorie II pour les équipements contenant moins de 2 kg de fluide[29]. Et la décennale ? Obligatoire pour toute installation thermique encastrée ou intégrée au bâti. Sanction en cas d'absence : 75 000 euros d'amende et 6 mois d'emprisonnement[30]. Les artisans peuvent revendiquer leur fiche pour afficher ces pièces aux clients.
Démarchage, fraude et PAC mal posées : les signaux rouges
Le 6 décembre 2024, la gendarmerie a démantelé une escroquerie à MaPrimeRénov' chiffrée à 27 millions d'euros, pilotée par un homme à la tête de sept sociétés, avec 386 plaintes de particuliers[31][2]. En 2024 aussi, la DGCCRF a contrôlé près de 1 000 établissements de la rénovation énergétique, soit 20 % de plus qu'en 2023, les pompes à chaleur étant le segment le plus touché[7]. Une entreprise francilienne a écopé d'une amende record de 1,5 million d'euros pour démarchage téléphonique interdit[32]. Côté installations, l'enquête UFC-Que Choisir est brutale : 29 % des propriétaires équipés d'une PAC air-eau n'ont pas vu leur facture baisser, et 13 % l'ont vue augmenter[33]. Plusieurs devis constatés dépassent 20 000 euros pour des écarts du simple au triple entre installateurs[34]. L'État qualifie explicitement d'arnaque la pose d'une PAC seule dans une passoire thermique[35]. Concrètement ? Trois signaux rouges : un démarchage téléphonique entrant, interdit depuis la loi du 24 juillet 2020, un devis sans puissance ni COP ni étude thermique, une attestation décennale absente. Les trois ensemble — et c'est souvent là que ça coince.