Trois métiers très différents sous un même code
La sous-classe INSEE NAF 43.32A « Travaux de menuiserie bois et PVC » range sous un même intitulé la pose des menuiseries extérieures, intérieures (placards, cuisines, escaliers) et les vérandas ; l'aluminium relève du 43.32B[9]. La France compte 28 248 sociétés menuiserie-serrurerie en 2022, dont 20 024 sur le segment bois-PVC[10]. L'UMB-FFB regroupe plus de 8 500 entreprises, 84 000 salariés, 14 milliards d'euros de chiffre d'affaires ; 70 % des entreprises de menuiserie ont moins de dix salariés[11]. Depuis l'arrêté du 22 mai 2025, les menuisiers figurent sur la liste officielle des métiers en tension (166 000 recrutements BTP projetés en 2025, deux tiers jugés difficiles)[12]. Trois univers cohabitent sous le mot menuisier : menuiserie extérieure aidée (fenêtres RGE), menuiserie intérieure traditionnelle, agencement sur commande. L'artisan menuisier qui signe ces trois périmètres sans qualification distincte est rare — et doit être regardé de près.
Un marché fenêtres divisé par quatre en trois ans, porté par la rénovation
Le choc économique se lit dans trois chiffres[2]. 10 321 000 fenêtres vendues en 2023 après -4,5 % en 2022 et -4,0 % en 2023. Un peu plus de 9 millions en 2024 (-9 %). Moins de 9 millions en 2025 après le pic de 2022[1]. La rénovation porte désormais 75,1 % du volume (contre 66,7 % en 2019) — dépendance structurelle qui rend chaque changement de règle brutal[3]. À contre-courant, le bois progresse : 1 038 000 fenêtres en 2023, 10,1 % du marché (contre 8,3 % en 2021, +11,1 % en unités), alors que le PVC chute de -9,4 %, l'aluminium de -11,1 %, le bois-alu de -11,3 %[13]. Le tissu industriel suit : 6 106 ateliers, 43 000 sociétés de pose, plus de 180 000 salariés ; au 1er juillet 2024, 2 968 fabricants bois, 2 579 aluminium, 559 assembleurs PVC[14].
Combien ça coûte en 2026 : six fourchettes à retenir
Six chantiers, six fourchettes à garder sous la main avant chaque devis menuisier. Une fenêtre PVC double vitrage standard posée en remplacement : 870-1 170 euros TTC (moyenne 1 020) ; création d'ouverture ~2 400, pose seule 100-300, dépose totale 200-600[15]. L'aluminium coûte 50 à 100 % de plus qu'un PVC équivalent, porte-fenêtre bois-alu 1 500-3 000 euros pose incluse[16]. Porte d'entrée 500-6 000 euros pose comprise, moyenne 1 200-3 500[17]. Parquet massif 30-150 euros/m² fourni posé (chêne 45-80), contrecollé 25-40 euros/m² — environ la moitié[18]. Escalier sur commande : 3 090 euros en moyenne, fourchette 1 200-7 500 (pin dès 750, chêne dès 1 200), taux horaire menuisier 35-60 euros HT en province, 50-80 en Île-de-France[19]. Dressing de 6 à 10 m² : 2 500-8 000 euros, cuisine équipée souvent au-dessus de 10 000[20]. La TVA 5,5 % sur fenêtres RGE retire environ 12 % du total — premier levier souvent oublié par le menuisier sur un devis[21].
DTU 36.5, NF EN 14351-1, Qualibat 3511 : ce qui encadre le métier
Trois références. Le NF DTU 36.5 est la norme unique pour la pose des fenêtres et portes extérieures, neuf comme rénovation, tous matériaux[22]. Il interdit la mousse polyuréthane pour l'étanchéité air/eau et les fixations par collage, injection ou clous — bandes pré-comprimées ou mastics extrudés obligatoires[23]. La NF EN 14351-1 rend le marquage CE obligatoire pour toute fenêtre vendue en Europe, avec déclaration AEV (air/eau/vent), Uw, acoustique et sécurité[24]. Qualibat distingue trois niveaux : 3511 (courante), 3512 (confirmée), 3513 (certifiée) ; elles ouvrent le signe RGE sous condition[25]. La décennale est obligatoire pour toute pose de fenêtre sous peine de 75 000 euros d'amende et 6 mois de prison, mention nominative de l'assureur obligatoire depuis 2025[26]. Pour coupler un remplacement avec un chantier plus large, la logique croise souvent l'isolation et le couvreur sur les ouvertures en toiture.
MaPrimeRénov' fenêtres : la machine politique qui a fait perdre la tête au marché
Le durcissement du 30 septembre 2025
Début 2024, le remplacement de fenêtres seul sort du parcours par geste. Le décret du 21 mars 2024 rétablit l'éligibilité du 15 mai au 31 décembre 2024[27]. Le 30 septembre 2025, virage brutal : logements D exclus, plafonds ampleur ramenés de 40 000 à 30 000 euros (saut 2 classes), 55 000 à 40 000 (3 classes et plus), bonus sortie passoire supprimé[5][28]. En Parcours accompagné, un ménage très modeste visant un saut de 3 classes passe de 63 000 à 32 000 euros HT — 31 000 euros perdus, soit 49 %[29]. Budget 2025 à 2,3 milliards (moitié de 2024)[6].
Réouverture du 23 février 2026
Le 23 février 2026, MaPrimeRénov' fenêtres rouvre pour tous les ménages, exigence Uw plus basse pour les passoires F/G, plafonds de revenus relevés de +1 %[4]. Conditions : Uw ≤ 1,3 W/m²K, Sw ≥ 0,30 (ou Uw ≤ 1,7, Sw ≥ 0,36), remplacement d'un simple vitrage, résidence principale 15 ans, artisan RGE[30]. Sans simple vitrage d'origine, pas d'aide — détail que certains commerciaux oublient.
Démarchage, fraudes, faux RGE : trois signaux rouges avant de signer
La DGCCRF a constaté 34 % d'irrégularités sur 1 000 professionnels contrôlés en 2024, reçu 26 000 signalements, mesuré un préjudice moyen de 20 000 euros par victime[7]. Deux condamnations l'incarnent : Eco smart France le 13 septembre 2024 à 157 000 euros (dont 100 000 pour démarchage illégal), une entreprise d'Île-de-France à 1,5 million d'euros[31]. La loi du 30 juin 2025 interdit depuis le 1er juillet tout démarchage téléphonique et électronique en rénovation énergétique ; sanctions 75 000 euros/personne physique, 375 000 euros/entreprise[8][32]. Trois signaux rouges avant de signer avec un menuisier. Un appel entrant sur des fenêtres est illégal, sauf relance sur contrat conclu. Un devis sans Qualibat 3511 ou 3512, sans Uw chiffré, sans mention nominative de la décennale doit être écarté. Un poseur qui annonce de la mousse polyuréthane sort du DTU 36.5 — et met la décennale en défaut. Si le doute subsiste, les artisans qualifiés peuvent revendiquer leur fiche sur l'annuaire pour afficher leurs pièces, ou la méthode de vérification détaille les contrôles menés.
Pathologies et AQC : la menuiserie dans le top 10 des sinistres décennaux
L'AQC classe la menuiserie extérieure dans son « Flop 10 » 2025, données Sycodes 1995-2024[33][34]. Elle occupe le 5e rang en maisons individuelles (6,2 %), le 2e en logements collectifs (8,5 %), le 1er en locaux d'activité (10,1 %). L'étanchéité pèse 61 % des désordres tous métiers. Pathologies relevées par le menuisier de chantier : infiltrations par seuils et appuis, fuites d'air, condensation, moisissures, déformations des dormants[35]. Causes : schéma d'étanchéité non respecté, mousse polyuréthane à la place des bandes pré-comprimées, fixations par collage. Avant réception du chantier menuisier, vérifier que les drainages restent libres et que le calfeutrement tourne sans rupture. Sur les chantiers qui touchent plusieurs lots, un plombier peut être sollicité en parallèle pour l'évacuation des seuils motorisés.